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 CHRONIQUE LIVRE 02 : cyclismeVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Angelo
MODO/ L'ANGE DES CIMES
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MessageSujet: CHRONIQUE LIVRE 02 : cyclisme   09.05.08 19:54

new Philippe Bordas : princes et damnés de la route



Les chefs-d'oeuvre de littérature sportive sont rares, difficiles à écrire. Dans Forcenés, sorte de testament amoureux du cyclisme, Philippe Bordas cherche à frôler l'exploit.

Le sport s'est mué en "tyrannie sanglante" et en "massacres monotones". Le dopage est passé par là, au moment même où la France métissée éclatait de tout son charme, et, Mondial 1998 aidant, renvoyait le Tour à une gauloiserie déprimante. A la fin de sa vie, Pierre Chany, le grand chroniqueur de L'Equipe, avertissait Bordas, alors jeune pigiste : la petite reine allait vivre son premier Moyen Age. "La part du coeur se réduit."

Depuis 1947, l'homme collait à ses athlètes. L'évadé de prison, le maquisard anarchiste, vivait son écriture avec ruse et bravoure, s'imprégnant des vies des coureurs pour en chanter la geste : calme olympien avant la fulgurance.

"Le cyclisme naît aux lisières du regret." Chany, Baker d'Isy, Blondin en étaient les témoins. Il se constituait en langage : Bordas en fait la démonstration. Coureurs et chroniqueurs formaient une seule et même écriture.

C'était le temps où un vent libertaire flottait sur le peloton. Les aristocrates des faubourgs et des hameaux conjuguaient technique, métaphysique et poétique. Sujétion, révolte, orgueil : corps et âmes étaient voués à des prouesses chevaleresques.

Forcenés en décortique les mécanismes à travers une divagation nostalgique, croisant les portraits des héros (Anquetil, Coppi, de Vlaeminck, les frères Pélissier, Maertens, Hinault) et des moins illustres, excentriques ou forts en gueule, à l'image d'Alexandre Pavisiak assénant que la souffrance du coureur n'était rien : "La vie de son père, ancien mineur mort à la peine comme un chien, faisait un exemple suffisant."

Derrière l'érudition, on lit les filigranes de l'émerveillement d'un enfant de Sarcelles. Philippe Bordas a grandi et n'a pas quitté son album s'arrêtant à Bernard Hinault, le "ressuscité du ravin" qu'il admire et maudit pour avoir sombré dans la "crétinerie" et les dérives de l'écurie Tapie, début d'une époque de cyclisme devenu cynique, clinique et de force brute.

On apprécie l'art de la dérive, le sens du détour et un regret : les situationnistes n'ont pas jugé les "bizarres du vélo, ces parias comme les modèles fabuleux du spectacle et de l'aliénation. (Ils) ne formaient pas le lumpen adéquat".

Forcenés est au croisement des écritures, des mythologies, des approches, des sensations, forge une sémiotique singulière dans la nostalgie d'une radicalité perdue et le regret d'une perte de substance de la langue. Et signe un acte de rupture violente avec la production littéraire d'aujourd'hui, maladroitement sociologisante ou nihiliste, criant son espoir et sa foi en une nouvelle poésie.
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Vous voulez vous aimer : aimez-vous donc dans les autres ; car votre vie est dans les autres, et sans les autres votre vie n'est rien.

(Pierre Leroux)
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